Une mare d’encre au fond d’un flacon.

Ou peut-être est-ce de la peinture ;

Reste à saisir les subtilités de la texture.

Noir.

Comme la nuit, profonde et sombre.

Lisse.

Telle une caresse délicate.

De l’acrylique obscur.

Tache inerte, insouciante du pinceau qui l’aborde.

Laissant place à une homogénéité rompue.

Le liquide est attaqué en plein cœur.

Sa douce quiétude anéantie au profit d’un bâtonnet fin et poilu.

La flaque se contorsionne, se soulève et se réduit.

Les mouvements sur la toile s’amplifient.

Le noir s’étale, s’éparpille, dans l’incompréhension.

Il semble s’être séparé de lui-même tout en gagnant de la maturité.

Un liquide transparent est venu entraver son uniformité.

Puis son adversaire, tout de blanc vêtu.

Doit-il cohabiter avec son opposé ?

Son impuissance le prive de ses libertés.

Il s’y trouve mêlé, refusant toute alternative.

Le gris ne naîtra pas. À moins qu’on l’y oblige ?

Il s’accorde avec la pureté, elle vient le compléter.

Finalement, des formes semblent se dessiner.

Plus fines et alambiquées.

Le pinceau diplomate l’a fait prisonnier de son habileté.

Il s’étend à présent dans de longs gestes horizontaux.

Ces formes, il ne connaît point leur nature.

Pas encore.

Elles se prolongent de chaque côté, égales et puissantes.

La couleur si unifiée ne sait plus ce qu’il advient d’elle.

Un corps se grave lentement ; elle n’a plus droit à la parole.

Qui ose manipuler sa magnificence ?

Des extrémités griffues, un bec pointu, un petit œil vif.

Cette chose prend vie, petit à petit.

Son existence disparaîtra-t-elle par la naissance de cet inconnu ?

Cette connaissance lui sera bientôt accordée.

Les détails se distinguent de plus en plus.

La vie arrive.

Elle bat des ailes, elle l’interpelle.

Des serres se détachent, se lèvent puis se propulsent hors de l’attache encrée.

L’oiseau se détache alors de ses origines et commence à planer.

La substance sombre refuse de le laisser s’échapper.

La peur d’être clivée.

Le corvidé lutte, donne des a-coups.

Il vise la liberté.

Mais la peinture ne laissera pas la corneille s’évader.

Polichinelle ©
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